mercredi 2 mars 2016

Blues


02/03/16
16H30


Pas envie d'écrire.
Mais le moral ne veut décidément pas remonter.


mardi 1 mars 2016

Reprise


01/03/16
14H15


La conduite s'est (objectivement) bien passée, même si je peine à respecter les limitations de vitesse, même si je me suis garée, comment dire... comme une merde, limite entre deux places. Le train, ça allait. Le tram, j'ai survécu. Je suis arrivée en avance à l'hôpital de jour.



Nous sommes donc six pour ce groupe "estime de soi", tous âges confondus : on est plusieurs à avoir 29 ans (même si dans 27 jours, j'en prends un de plus!), deux ont la cinquantaine, et une petite de 21 ans, aussi. 

Nous avons dû nous présenter en binôme, j'ai froncé les sourcils : hein ? On devait en apprendre sur l'autre et sur ses raisons de ce groupe, nos attentes, nos espoirs. J'ai donc présenté un homme de mon âge qui m'a lui-même présentée, entre gêne et inquiétudes.

La suite a été théorique, je me tournais et me tournais sur ma chaise, incapable de rester assise. Sans parler que beaucoup ne connaissaient rien de ce dont parlaient les intervenantes, donc il fallait leur expliquer, et sachant déjà tout personnellement de ce que sont les cognitions, les croyances et les pensées automatiques, je me suis un peu emmerdée. Et puis le temps a filé, on a pas eu le temps de faire les exercices, que l'on fera jeudi.

Pendant un mois, ce sera deux fois par semaine, puis une fois. 

J'ai toujours la bougeotte. Le moral va et vient, mais nettement mieux que la semaine dernière avec la crise sombre et suicidaire qui nous a ébranlés, celui que j'aime et moi. Je me sentais sur le rebord, prête à sauter, j'ai été submergée par une vague de dépression dont je me demandais si j'en sortirais.

Je continue cependant de me noyer ou dans le sommeil ou dans la lecture. Pour pas affronter le réel. Le réel, les angoisses, les doutes et autres incertitudes.

La séance psy d'hier soir, de son côté, n'a servi à rien. Je crois que mon psy "profite" de mes séances pour mettre à jour sa paperasse : il tapote sur son ordinateur, sans rien dire, puis commence une phrase, continue de tapoter, oublie de quoi il parlait... je viens lui confier ma douleur et je n'ai que son silence en retour. Pas assez forte pour lui signaler "oh hé, je suis là, vous pouvez m'accorder au moins cinq minutes ?" 





Fâchée, j'ai voulu espacer les séances, mais il n'y tient pas, à moins que "ça ne vous serve plus à rien de venir". Me suis retenue, parce que d'autres séances m'ont prouvée combien il peut savoir me soutenir et me remonter le moral. Je lui ai laissé le bénéfice du doute.

Et la vie continue...

vendredi 26 février 2016

Je voudrais


26/02/16

Encore une crise de noirceur hier, un mal-être insoutenable et nombre d'idées noires. 
Mon couple qui, une fois de plus, se fragilise. La douleur vive intérieur dont on ne sait comment l'éteindre. Avoir envie de fondre en larmes dans un recoin mais n'avoir que des yeux secs et arides. Souffrir à en crever la gueule ouverte.
Nous ne nous en sommes pas encore remis. Et je souffre encore, en douce. Je ne comprends pas. 

Seulement voilà, j'ai pas envie d'écrire. 

J'ai pas envie là-dessus.
 

mardi 23 février 2016

Cache-cache


24/02/16
07H33




Le moral joue et se cache. 

Hier, mon psy est parvenu à me remonter le moral je-ne-sais-pas-trop-comment. Comme il sait si bien le faire. En me rappelant que le trouble borderline me fait voir tout en noir et seulement le négatif, que je considère les petites victoires comme moindres et insignifiantes, alors qu'elles devraient être comptabilisées elles aussi. 

Il m'a rappelé mes efforts qui ont payé, mes craintes qui se sont effacées, parfois, les choses que j'ai réussies, les situations qui se passaient mieux que je ne le pensais. Le tout avec quelques touches d'humour, je suis parvenue à sourire à une de ses réflexions. 

Je suis sortie de la séance légère et avec un peu plus de motivation qu'en y étant allée. Cependant, les jours reprennent, et les angoisses, et le mal-être. Je vais noter ce qu'il m'a dit, du peu que je m'en souviens, pour pouvoir le relire... quand ça va pas. 

Je continue cependant de me noyer dans la lecture (si, si, j'arrive à lire en ce moment) ou le sommeil. Fuir le réel. Me calfeutrer loin du monde.
 

dimanche 21 février 2016

Les mots bleus


22/02/16
08H33



Des potes qui passent à l'improviste. 
On s'embarque avec eux et un autre couple, plus les trois enfants, se balader à Aix-les-Bains. 

Il fait bon, il y a énormément de monde. Des stands de barbapapa ou autres churros un peu partout, avec de longues files d'attente. On en grignote quelques uns, avec du sucre-glace saupoudré dessus. On avance lentement : y'a la poussette, et le petit qui court après son ballon dans l'herbe. A nouveau je ressens le vide de ma vie. Je me demande pourquoi rien n'attire mon attention, je me demande aussi pourquoi je ne suis pas comme eux, mariée, mère, épanouie, dynamique. Je croise les bras sur ma veste en cuir. J'avance lentement, je suis le cortège, alors qu'au fond, j'aimerais courir.

On rentre, embouteillages et déviations. Je murmure un "on s'attarde pas trop, hein ?" parce que l'après-midi m'a suffit. Je ne dis pas grand chose. Les filles s'occupent des enfants dans la chambre, je suis assise avec les mecs, à tournicoter dans mes pensées, comme d'habitude. Ils proposent une soirée pizza, mais on part après une petite bière. 

J'énonce je ne sais plus quoi. Il s'énerve. Je m'énerve. On sait plus se parler, dit-il. Et de poursuivre. On a de gros problèmes de communication, je dis plus rien, tu prends tout mal, je dois peser le moindre de mes mots avec toi, j'en peux plus...
Je me tais. Je ne m'en rends pas compte. En même temps, me taquiner sur des sujets qu'il sait sensibles, c'est normal que je réagisse mal. Je ne dirai plus rien non plus. 

Je ne dirai plus rien, plus rien du tout.

Nos silences habituels vont devenir une habitude. Deux êtres qui ne se disent rien. Pour éviter les disputes et le ton qui se hausse. Déjà qu'en temps normal, on ne se dit pas grand chose... déjà qu'en temps normal, je galère à le faire parler.

Sur le coup, le sentiment d'une énième brisure, le sentiment qu'il n'est pas heureux avec moi, le sentiment que je le tire vers le bas - ou je ne sais quoi. Ça résiste encore aujourd'hui. Que faire, ai-je demandé hier entre deux phrases sifflées entre les dents. J'en sais rien, a -t-il répondu. J'en sais rien... mais je dirai plus rien. J'ai promis, je ferai des efforts, j'essayerai de m'en rendre compte, du fait que je me braque ou que sais-je. Ouai. C'est ça... si. Ouai. J'dis plus rien.

En fond sonore ce matin, le film "closer", comme ça, qui se distille pour me tenir compagnie. Un film où les couples ne durent pas. Je vais essayer de sauver encore et toujours mon couple, disons le préserver, le faire durer. Mais je fatigue.
 

vendredi 19 février 2016

Soirée mitigée


19/02/16
08H49





Soirée cinéma-resto hier. 

J'ai été disons agréablement surprise par le film, que je ne serais pas allée voir spontanément si j'avais été seule. Un peu de "légèreté" qui fait du bien. Mais un mal fou à rester concentrée.

Le restaurant, ça a été plus délicat. 

Nous étions avec deux amis. L'un s'est mis à parler de son ex, avec qui il est resté ami, récemment diagnostiquée bipolaire elle aussi et sortant tout juste d'hospitalisation. Les discours vont bon train, les inquiétudes à son sujet. Et là, je perds le nord, je me dis, je crois : toi, tu leur répètes sans cesse que ça va, alors que ce n'est pas le cas, personne ne s'inquiète jamais, personne ne sait les fois où tu as attachées ensemble des ceintures à une poignée de porte, où il ne te manquait que le courage, et les larmes amères après, et les questionnements permanents, les doutes et incertitudes... les idées noires.

Je me suis sentie jalouse. Parce que moi, on s'est habitué, et je répète comme un robot des "ça va et toi ?", pour la forme, toujours. Si mes psys savaient certains détails d'ailleurs, je serais aussi passée par la case hospit. Personne ne s'inquiète jamais pour moi, ai-je osé pensé, pauvre et sombre idiote.... j'ai détesté, ou je déteste ce sentiment que j'ai eu hier. Cette impression que moi, je n'inquiète jamais personne. Je suis la fille bizarre et c'est tout.

Le thème du suicide est arrivé. Son passé. Cette histoire qui le ronge encore. Son ami de toujours qui lui répète qu'il n'y était pour rien. 
On me regarde. L'un sous-entend que je dois être forte et éviter à celui que j'aime de revivre un tel enfer. Ça explose dans ma tête. Je dis la vérité, elle sort pure et fluide comme de l'eau de roche. 

[Je ne m'accroche pas pour moi. 
Je m'accroche par amour. 
Je ne veux pas lui faire revivre ça. 
Mais je n'aime pas la vie. 
Quel intérêt ? 
J'ai souvent envie de mourir. 
Je me sens piégée dans la vie, à cause de ça.
J'essaie, mais je préférerais être morte.]

Ça jette un froid. On me regarde avec des yeux ronds comme des billes. Celui que j'aime murmure : tu vois, c'est pas facile d'entendre ce genre de choses... On discute un peu. On me questionne. Je sens que je suis allée trop loin. Je suis à la fois gênée et à la fois... je m'en fous. 

Après tout, les "ça va", j'en ai assez. Personne, jamais, n'a su mes idées noires. J'avais peut-être besoin de les exposer au grand jour. Devant des personnes qui pensent que ma vie est facile, puisque je ne bosse pas, qui pensent que c'est l'éclate, qui pensent que je vais bien. Il fallait que ça sorte, et c'est sorti sans entraves ni barrières.




Du reste, je me sens toujours mieux avec des mecs que des filles. C'est un fait.

Mais là, seule avec trois gars, je réalise encore les jugements sur les femmes. Ça a le don de m'énerver, cette façon de nous mettre dans des cases. 

"On a pas la serveuse anorexique ce soir, tiens, la serveuse est une bombasse, tout ce que j'aime, t'as vu la fille de la série X là, la blonde, celle-là je lui ferais bien son affaire, d'ailleurs je ne regarde cette série que pour les filles dedans, t'as vu comme elles sont bonnes ?"

L'envie de hurler. 
Je sirote la fin de mon Monaco en serrant les dents sur la paille. 

Et lance en l'air un "en même temps, tu donnes un styliste, un maquilleur, un coiffeur et un bon logiciel de retouche à toute fille comme ces actrices et t'auras des bombasses". 

L'air sinistre, énervé, fatiguée et n'osant imaginer le nombre de jugements qui s'élèvent sur les femmes dans ce monde. 

Dans la voiture sur le retour, on en parle sans en parler. Je laisse couler ma haine. Vous les mecs vous ne voyez que la surface, y'a que ça qui compte. C'est pathétique. Si on est pas "bonnes" on est rien. Il me dit te met pas dans cet état, mais c'est plus fort que moi. Une fille n'est pas une marchandise, un emballage, bordel ! Et vous, vous vous croyez comment ? Vous pensez êtres des idéaux masculins ?

La soirée se termine.
Direction dodo.
Minuit est passé, je tombe de sommeil et m'endors dans un sommeil sans rêves.


mercredi 17 février 2016

La crise de la pré-trentaine


18/02/16
07H37




Dans un mois et demi, j'aurai trente ans.
Dans le miroir le matin, je guette les premières rides, celles qui bientôt orneront mes yeux et mes lèvres. J'observe ma façon de m'habiller, en me jugeant trop vieille pour ce que je porte. Je crains le corps qui se déchausse, je crains le visage qui s'affaisse, je crains la jeunesse qui, je le sens, s'enfuit loin, très loin de moi.
J'ai peur, parce que je sens les secondes et les minutes qui m'éloignent irrémédiablement de mes vingt ans. Je ferme les yeux très fort, parce que vieillir me terrifie. C'est comme être sur la pente descendante désormais, c'est comme avoir atteint le haut d'une montagne et dégringoler, soudain. Comme si tout était fichu, perdu, périmé, comme si je n'avais pas été là toutes ces années, comme si je n'avais pas vu le temps passer.
Je ne réalise toujours pas être adulte, ça ne s'intègre pas dans ma petite tête. J'ai toujours le sentiment d'être cette adolescente mi-gothique, mi-lolita, qui errait dans les ruelles avec pour seul but : l'autodestruction la plus totale, la plus vive et la plus profonde.


Dans un mois et demi, j'aurai trente ans.
Je ne comprends pas très bien comment j'ai fait pour atteindre cet âge-là, c'est un peu irréel pour moi, c'est assez… disons, improbable.
Je devais mourir à dix-huit ans, je m'en rappelle très bien. C'était la date convenue, c'était l'objectif, le dessein, l'évidence. Juste après le bac et ses épreuves passées dans l'indifférence et la désinvolture. J'ai essayé, oui, après tout : c'était prévu comme ça. Je me suis réveillée aux urgences plutôt qu'à la morgue. Alors j'ai recommencé. Encore, et encore. Les cachets ne semblaient jamais assez forts ou nombreux, les coupures jamais assez profondes. J'ai finalement passé mes vingt ans en clinique, sans fête, sans amis, sans sourire. Le corps osseux et la tête en travaux.
Ma jeunesse en fait, je crois pouvoir dire que je l'ai piétinée. Je n'en ai pas profité. Alors pourquoi la regretter, puisqu'elle n'était que du sable fin entre mes doigts ? Tant de questions qui encore résonnent et jamais n'offrent de réponses. Tant de doutes, d'incertitudes.


Dans un mois et demi, j'aurai trente ans.
Et déjà, je fais le bilan.

Autour de moi, les enfants pullulent et se multiplient. Les couples d'amis - aux boulots stables et sains d'esprit - se passent la bague au doigt : les mariages ici et là, à droite, à gauche, encore. Partout ça se fiance, partout ça se dit « oui ». Et les achats immobiliers, pour parfaire le tableau.
Il y a ces grandes maisons en lesquelles je erre un peu, perdue, quand on nous y invite. Ces grandes maisons à crédit, où rampent des enfants entre deux jouets, avec sur les murs des photos du grand jour, de la robe blanche au costume, des alliances aux photos de famille.

Je n'aurai jamais d'enfant.
Je n'en veux pas.
Je ne me marierai jamais.
Il ne veut pas.
Nous sommes trop écorchés vifs, l'un comme l'autre, pour envisager l'avenir dans des tons roses et colorés, trop réalistes pour imaginer quelque engagement éternel, trop lucides pour les "jusqu'à ce que la mort vous sépare". Nous sommes trop anticonformistes pour une vie comme celle des autres, avec nos passés douloureux et nos points de suture.

Et alors je me demande tout bas : que nous restera-t-il ? Qu'est-ce qu'une vie sans famille, sans abri, sans promesses ?
Et alors je me demande, tout haut : ai-je un but, un objectif, ai-je des envies, des projets ?
Le manque de réponse m'est amer. Je ne veux rien, je ne désire rien. Je regarde les autres et leurs vies bien remplies, à côté de la mienne, terne et grise, vide, tellement vide. Une coquille. Un gouffre. Une page définitivement blanche.

Jamais je n'achèterai de maison ou d'appartement. Je ne suis pas encore rangée, non, je ne suis pas encore assez stable, le monde du travail est quelque chose d'abstrait, c'est à peine si j'ose sortir de chez moi.

Mon CV est quasi vide, alors que mon dossier médical doit contenir des centaines de pages – au moins.

En parlant de nombres. J'ai douze années de psychothérapies variées derrière moi, si on ne prend pas en compte les pédopsychiatres en maternelle. Douze ans de cachets divers, de médocs, de pilules. Onze années de trouble du comportement alimentaire. Dix ans de tabagisme. Six ex petits-amis, autant d'ailleurs que de tentatives de suicide. Deux années d'hospitalisation, en tout, si on accumule tous les séjours chez les fous. Deux mois d'électrochocs, donc vingt anesthésies générales, dans une de ces deux cliniques où j'ai traîné mon mal de vivre. Des dizaines de coupures et brûlures cicatrisées sur le corps. Trois tatouages.
Quinze ans d'âge mental encore, je le crains.


Dans un mois et demi, j'aurai trente ans.
Je ne sais même pas si je vais fêter ça, d'ailleurs si je le faisais, je ne saurais qui inviter : les personnes qui comptent vivent loin, trop loin pour venir m'aider à passer ce cap. Et elles sont peu, minuscules, infimes, elles sont rares, en voie de disparition. J'aurais probablement envie d'un bon coma éthylique ce soir-là, pour oublier l'évidence, oublier que je fonce dans un précipice, que je dégringole désormais de la montagne que j'ai escaladée je ne sais trop comment. Je pense que je boirai beaucoup, entre deux larmes de crocodile.


Dans un mois et demi, j'aurai trente ans.
Je n'ai rien accompli de ma vie, et je doute que cela change. Je n'ai rien de concret sur quoi m'appuyer, juste des châteaux de cartes un peu partout, qui s'écroulent et que je tente en vain de colmater. Le grand méchant loup souffle sur mes espoirs comme sur les maisons des trois petits cochons. Le loup ou le vent, je ne saurais vraiment dire. Je sais juste que c'est la tempête en permanence, et les éclairs me font frissonner.


Dans un mois et demi, j'aurai trente ans.
Quelle est ma vie, ou quelle sera-t-elle ? Qu'a-t-elle été, que deviendra-t-elle ?
Dans des carnets toujours les mêmes phrases qui reviennent, les mots changent mais le fond persiste.
Dans des carnets, je note le mal de vivre et l'envie d'en finir, je note les espoirs vains et les rendez-vous chez le psychiatre. J'avale mes pilules tous les soirs, je fais des origamis avec mes ordonnances trop nombreuses.
Je sais enfin ce que je suis – pardon, ce que j'ai – je sais que je ne suis pas folle, je connais mes pathologies. Le problème, et il faudra que je me fasse une raison, c'est que cette vie « normale » à laquelle j'aspire, je ne l'aurai jamais. Non, pas de métro-boulot-dodo pour moi. Pas plus d'enfants qui gambadent, pas plus de cérémonie devant le maire, ni de maison à décorer.
Ma vie restera striée, hachée comme de la viande avariée.
Mon psy continuera de me dire que j'ai mauvaise mine, mon petit-ami continuera de soupirer que je ne sais sourire, mes parents continueront de se demander ce qu'ils ont fait pour mériter ça.
Et moi. Et moi, je continuerai de maudire mon existence, moi, cette anomalie, cette imperfection, cette entité incapable de vivre, simplement, sans questions ni pessimisme, sans remises en questions perpétuelles, sans neuroleptiques, sans régulateurs d'humeur.

Dans un mois et demi, j'aurai trente ans.
J'écrirai sûrement ce jour-là.
J'écrirai la peur, la déception, j'écrirai les regrets ou les remords, j'écrirai sans réaliser que tout cela est réel.
J'écrirai, entre deux verres de rhum ou de tequila, j'écrirai la rage et le désespoir.

Dans un mois et demi, j'aurai trente ans.
Putain, si on m'avait dit ça y'a dix ou quinze ans… oui, sans nul doute : j'aurais bien rigolé.